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De la pierre au business model : la stratégie de Meknès pour convertir son milliard de dirhams de réhabilitation en moteur de croissance

Avec un investissement public de près d’un milliard de dirhams pour restaurer ses monuments emblématiques, Meknès amorce la valorisation marchande de son patrimoine. Au terme du Forum international du tourisme, une feuille de route fixe les priorités d’exploitation.


À Meknès, les assises du septième Forum international du tourisme (FITAM) ont rassemblé les acteurs publics, les professionnels de la filière et plusieurs représentations diplomatiques autour d’un impératif précis. La fin des échafaudages sur les monuments historiques, rendue possible par un programme de réhabilitation réévalué à près d’un milliard de dirhams pour 54 opérations, impose désormais d’aborder la question de la rentabilité.


Dès l’entame des travaux, les prises de parole ont insisté sur la nécessité de dépasser la simple fonction de contemplation pour bâtir une offre génératrice de revenus directs, tandis que les délégations étrangères soulignaient la réceptivité des clientèles internationales face aux atouts de la cité. L’équation centrale réside dans la capacité à transformer des enceintes restaurées, comme Bab Mansour ou Sahrij Souani, en pôles d’attraction marchands et culturels afin de rompre avec le statut de ville de transit. Les échanges se sont ainsi achevés sur l’adoption d’une feuille de route articulée autour de recommandations opérationnelles pour encadrer l’exploitation économique des sites.


L’allongement de la durée de séjour La priorité identifiée par les conclusions du forum concerne la transformation de la ville en une destination de séjour complet. Historiquement cantonnée au statut de destination pour des excursions d’une journée en raison de la proximité d’autres pôles régionaux, la commune entend désormais fixer les flux touristiques sur son territoire. Pour y parvenir, les recommandations préconisent la création de circuits régionaux intégrés associant la médina de Meknès aux vestiges archéologiques de Volubilis, à la cité historique de Moulay Idriss Zerhoun et aux reliefs d’El Hajeb.


Parallèlement, l’élaboration d’un récit historique unifié, centré sur la période ismaélienne et diffusé sur l’ensemble des supports promotionnels, doit fournir aux voyagistes des arguments pour prolonger le temps de passage. L’introduction de dispositifs d’interprétation muséale et d’animations culturelles régulières répond à l’objectif de diversifier les activités proposées aux visiteurs durant leur séjour.


L’ouverture aux investissements privés La pérennisation du modèle économique repose sur l’intégration des opérateurs privés dans l’exploitation des équipements réhabilités. Les recommandations issues des débats encouragent le déploiement de partenariats public-privé pour assurer la gestion, l’entretien et l’animation des sites historiques.


Dans le cadre des orientations retenues, les acteurs publics préparent un portefeuille d’opportunités d’investissement prêtes à l’emploi, ciblant la reconversion d’édifices anciens en maisons d’hôtes, en centres culturels ou en galeries d’exposition. D’autre part, l’accès au marché international exige une amélioration sensible de la connectivité aérienne. Les conclusions du forum mentionnent l’importance d’établir des liaisons aériennes directes et adaptées pour capter les flux en provenance de marchés cibles, notamment le marché sénégalais, ainsi que les bassins émetteurs européens et asiatiques.


L’ancrage communautaire et le tourisme de terroir L’inclusion des populations résidentes et des professionnels locaux demeure une condition indispensable pour maximiser l’impact socio-économique du tourisme. La remise en état de huit foundouks traditionnels permet la réinstallation des artisans au sein d’ateliers modernisés, conformes aux normes actuelles d’éclairage et de connectivité.


Par ailleurs, les participants ont recommandé d’exploiter la vocation agricole de la région pour développer une offre gastronomique singulière. La création envisagée d’un musée ou centre d’interprétation dédié à la gastronomie locale vise à valoriser les filières du terroir et à transformer les productions agricoles en produits touristiques identifiés. De plus, le soutien aux commerces de quartier et le développement d’hébergements chez l’habitant doivent favoriser une répartition équilibrée des revenus touristiques, tout en stimulant l’entrepreneuriat des jeunes dans les métiers de l’accueil et du guidage.


La modernisation numérique et la durabilité urbaine Le volet final des recommandations adoptées aborde l’adaptation de la destination aux technologies contemporaines et aux exigences environnementales. La création d’une plateforme numérique unifiée sous la marque territoriale «Meknès l’Impériale» facilitera la promotion des circuits, la gestion des réservations et la diffusion de l’agenda culturel. L’utilisation de l’intelligence artificielle et des dispositifs de médiation immersive permettra d’enrichir la visite des sites historiques sans altérer leur intégrité physique. Enfin, la préservation à long terme de l’environnement urbain impose de veiller au respect de la capacité de charge des monuments et de fluidifier la circulation à l’intérieur de la médina. Les orientations finales préconisent ainsi le développement de mobilités douces, combinant des parcours pédestres balisés, la réorganisation des calèches traditionnelles et des itinéraires cyclables, assurant une cohabitation harmonieuse entre l’activité touristique et la vie quotidienne des habitants.


Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO


Chaque semaine, un grand invité décrypte les enjeux de l'économie marocaine.

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